Des mots et des livres en archipel

Al-Watwan Magazine a rendu hommage à la littérature comorienne d’expression française ce vendredi 6 décembre 2013 au Muzdalifa House, en y célébrant le contenu du « spécial » qu’il lui consacre.

Une soirée décalée pour un public choisi. Des auteurs, des lecteurs, et des curieux, venus découvrir la puissance d’une littérature. Des images sur les murs, des peintures et des textes. Des artistes, surtout. Il y avait Boul, le mythe et ses amis, dont Nkenke, l’inoxydable. Boul, à qui le magazine dédie sa quatrième de couverture, sur un texte de Soeuf Elbadawi, est de ceux, en efffet, qui sont passés au Muzdalifa échanger quelques notes de générosité, au nom d’une littérature encore en quête de  son histoire. Boul, qui écrivit quelques-unes des plus belles pages de l’histoire du folk aux Comores, en a profité pour saluer la mémoire de Madiba, Nelson Mandela, et pour honorer un autre nom de la lutte anti-apartheid, Steve Biko. Boul leur a dédié l’une de ses chansons à succès, avec son verbe toujours étincelant, et le soutien d’un public, rendu complice pour la circonstance: « ledji la mwiso/ ka wahandani ka mwamba kweli… »

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Al-Watwan Magazine a ainsi fêté ce numéro de décembre, conçu en partenariat avec le collectif Djando la Waandzishi, consacré à cette jeune littérature en mouvement. Trente années d’écriture à lire ou à faire relire. Les Comoriens lisent si peu qu’ils n’arrivent pas à se rendre compte des mots qui leur sont offerts en offrande par leurs hommes de lettre. Des tas de fous qui ont cherché à écrire les plus belles pages de l’histoire de ce pays, les plus déroutantes également, dans une langue d’emprunt, d’intrusion, le français. Ils en ont fait des livres que d’aucuns trimballent comme autant d’objets sacrifiant aux lois du paraître social, aujourd’hui.

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Qui s’en rappelle ? En 1983, sortait le premier opus de nouvelles, écrit en français, diffusé sous le manteau pour raison de black-out politique. Un événement en soi, porté par les gardiens du msomo wa nyumeni, bien que le projet, en lui-même, sembla à tous très fragile, sur un plan strictement littéraire. Toujours est-il que Mohamed Toihiri, deux ans plus tard, devint le « père » du roman comorien, avec La République des imberbes. Au pays des îles-sœurs et de la terre-mère, les pères sont ainsi au début de toutes les histoires. Il se trouve que c’est Toihiri qui a ouvert le chemin à ses cadets en écriture.

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Réalisé en collaboration avec des universitaires, le dernier Al-Watwan magazine est en kiosque depuis le 5 décembre, en ligne sur le site du journal depuis la mi-décembre, avec ce désir de mettre la jeune[1] littérature, émergeante, en partage. Vous pouvez donc le télécharger en toute quiétude. « Pour que la trace se fasse ou ne se perde pas », comme l’avance un texte en ouverture du mag. Al-Watwan Magazine est le mensuel produit par l’hebdomadaire national, Al-Watwan, dirigé par Hassane Moindjie.

MB


[1] Très jeune, en regard de ce qui s’est produit en littérature sur cet archipel depuis des siècles : l’oraliture, les chroniques en langue arabe, les textes publiés en kiswahili, etc.