Paris Mutsa

Histoire d’un livre, rassemblant des élèves du lycée de l’Excellence à Mutsamudu, du lycée Voltaire à Paris, du Lycée Nord à Maore, autour du Visa Balladur et de la question coloniale aux Comores. Le recueil Paris Mutsa/ en quête de récit est paru en mai 2015 aux éditions Bilk & Soul.

Un projet né à la suite d’un work in progress, co animé par Soeuf Elbadawi, Anssoufouddine Mohamed et Fouad Ahmed. Les deux premiers sont poètes, le second, comédien. Initié il y a deux ans, le chantier a pris corps sous la forme de deux blogs, puis d’une lecture-spectacle, avant de devenir un livre. Entretemps, il aura connu son étape parisienne, grâce à une proposition de Garance Jousset de la Maison des écrivains à Paris, grâce au soutien des enseignants Marianne Cabaret-Rossi et Yves Gacher du lycée Voltaire. Il aura aussi connu son étape mahoraise grâce à Dénètem Touambouna, enseignant au lycée Nord de Mtsangadoua. Avant de se poursuivre, aujourd’hui, au travers de prises de parole publique, orchestrées par les élèves du lycée de l’Excellence à Mutsamudu, avec un propos qui se veut sans concession.

MutsaPres2

Dans la cour du lycée de Mutsamudu

« Ce recueil collectif, intitulé Paris Mutsa/ en quête de récit, relate une tragédie macabre qui nous hante, nous, Comoriens, depuis 200 ans. Celle-ci ne s’explique pas seulement par le fait que dans des kwasa meurent des femmes, des hommes et des enfants, mais aussi parce que c’est un drame, qui est laissé dans le noir et qui, pourtant, se rapproche du crime contre l’humanité, dont la France est l’auteur dans nos îles. Ceci est une revendication, un pleur, une douleur. » Les élèves de la  1ère du lycée de l’Excellence à Ndzuani ont ainsi présenté le livre en juin dernier à Mutsamudu devant une assistance, faite de parents, d’élèves et de responsables politiques, dont le commissaire à l’éducation, M. Afraitane Abdulhamid, qui, avec son prédécesseur, ont été parmi les premiers défenseurs du projet. C’est M. Afraitane, à l’époque secrétaire général du commissariat, qui a sollicité Soeuf Elbadawi pour un atelier autour de la lecture d’une de ses oeuvres, Un dhikri pour nos morts la rage entre les dents (Vents d’Ailleurs), prix des lycéens, des stagiaires et apprentis de la région ile de France en 2014. L’atelier s’est poursuivi, devenant un espace d’expression littéraire et théâtral à part entière, avant d’être reconnecté à Paris et Mtsangadoua par la magie d’un livre.

MutsaPres4

Trois co auteures du recueil en lecture

« Ce drame, explique les co auteurs du livre, découle du fameux et tristement célèbre Mur Balladur. Notre tourment provient de cette domination illégale d’un puissant pays sur un plus faible, et aussi d’un processus de décolonisation faussé, et certainement inachevée. Nous avons senti la nécessité de combattre verbalement cette affreuse, triste et inhumaine réalité qui se passe chez nous. » La puissance des mots fait parfois se rejoindre les mondes. Ainsi, lit-on ce texte d’une jeune parisienne dans le recueil : « Ce qui arrive dans votre pays me choque. Je n’étais pas dut tout au courant, avant cette année. Pour ma part, je trouve cela inquiétant. Où va-t-on ? Votre cause m’intéresse et je veux vous aider. Dites-moi comment ? » Une autre déclare : « Dommage que l’on ait besoin d’un livre pour être au courant de ces vérités, et pour qu’il y ait un changement ». Et puis il y a aussi ce fragment , écrit par une jeune mahoraise, au sujet de la traversée : « A l’aube, l’homme vit arriver/ de l’autre rive le peuple de Moïse/ ils avaient le regard qui brille/ leurs pieds foulèrent le sol de Mayotte, mon île natale/ Une terre promise qui pourrait leur être fatale ».

MutsaPres1

Le public lors de la présentation du livre à Mutsamudu

De Mutsa à Paris, en passant par Mtsangadoua, la douleur cède en partage. « Pour faire entendre notre voix, nous avons entrecroisé nos paroles avec celles des lycéens parisiens et maorais. A travers elles, une littérature engagée est née. Une façon de parler de la réalité à ceux qui ne la voient pas, de donner voix à nos papillons enterrés, à nos morts oubliés. » Les jeunes à Mutsamudu indexent à nouveau cette France, qui a « annexée illégalement Mayotte, un territoire comorien, situé à 10.000km d’elle. Elle a instauré une restriction de circulation. Depuis, la mer séparant Anjouan et Mayotte est devenu un cimetière. » Après leur premier rendez-vous à Ndzuani, où ils ont également eu à présenter une exposition réalisée sous la direction du poète Anssoufouddine Mohamed sur l’école, avec des dessins d’enfants du Nyumakele, ces élèves sont allés rencontrer le public du Muzdalifa House à Moroni, le 13 juin 2015.

FB SHANT3

Une des co auteures Au Muzdalifa House

L’occasion pour eux de rappeler les vérités amères, à quelques jours de la grande commémoration des 40 ans, le 6 juillet : « Les Comores ont pris leur indépendance en 1975. Mayotte est restée sous l’occupation française. Mais après 20 ans, le 8 janvier 1995, Edouard Balladur a instauré un visa qui a supprimé la liberté de la circulation entre Mayotte et le reste de l’archipel faisant des Comoriens aujourd’hui des clandestins dans leur propre pays. » Le drame de ce peuple est peut-être à observer dans cette situation, qui transforme 800.000 habitants en potentiels clandestins dans leur propre pays.

MB

Plus d’infos sur le livre ou pour le commander, nous écrire : washkonet@yahoo.fr.