Les Comores en bibliothèque

Washko Ink. initie un fonds de bibliothèque comorienne à Moroni. La deuxième édition du Badja Place, dont elle est l’un des principaux animateurs, a permis la mise en place d’un espace dédié à l’imaginaire des Comores. Des livres écrits ou non par des Comoriens, mais qui interrogent essentiellement le paysage et la mémoire de l’archipel.

Une nécessité, selon les acteurs du Badja Place. La plupart des bibliothèques existantes dans l’archipel ont du mal à promouvoir un fond commun, qui privilégie la mémoire et le paysage de cet espace. Qu’elles soient bibliothèques de cité (foyer culturel de ville, village ou quartier), d’institution (CNDRS, Alliances françaises, CLAC), ou d’établissement éducatif (lycée, université, institut), les structures existantes privilégient souvent une documentation riche, dont la perspective concerne plus le monde extérieur. Pour des raisons liées aux donateurs, bien souvent. Il fut un temps où le CNDRS offrait la possibilité de s’immerger dans le fonds-pays, du moins pour un certain nombre d’ouvrages, considérés comme essentiels. Mais certains ouvrages ont disparu. Et force est de reconnaître, aujourd’hui, qu’il existe très peu de lieux (du genre), offrant la possibilité de parcourir un maximum de pages écrites sur le pays, dans le pays.

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Il est de notoriété publique que les Comoriens ne lisent pas beaucoup, et que mites et autres bestioles bouffeuses de papiers sont les rares créatures à fréquenter assidument les rayons de bibliothèque de l’archipel. Faute de politique autour du livre, faute de stratégie de promotion pour la lecture, faute de lien soutenu entre les écrivants et le lectorat en devenir. Mais si l’exercice de la lecture permet de s’interroger sur qui l’on est, peut-être que le livre s’inscrirait, enfin, dans une forme de nécessité et d’urgence. Raison pour laquelle Undroni, la commission chargée de développer le Badja Place, a imaginé cet espace, dédié aux réalités du pays. Une sélection de lectures, qui donnent à penser et à appréhender le monde qui nous entoure avec une certaine exigence. De Salim Hatubou, rendue « mascotte nationale » depuis sa mort, à Damir Ben Ali, historien et anthropologue, de Saïndoune Ben Ali, poète transfuge, à Nassur Attoumani, l’homme au casque colonial, de Natacha Appanah, écrivain controversé, à Sophie Blanchy…

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Des nouveautés, des romans, des essais, des contes pour enfants : Masanawana ya Baco Nabuhani de Mohamed Nabhane (Komedit), En jouant au concert des apocryphes de Anssoufouddine Mohamed (Coelecanthe), Anguille sous roche de Ali Zamir (Le tripode), Notes comoriennes pour un comité de rivages de William Souny (L’Harmattan), La république des imberbes de Mohamed Toihir (L’Harmattan), Guerriers, princes et poètes de Moussa saïd (L’Harmattan), Sania de Sadani (Coelecanthe), Fragments retrouvés de Silimu Bin Aboubakari (Bilk & Soul), Âmes supsendues de Touhfat Mouhtare (Coelecanthe), La rupture de chair de Alain-Kamal Martial (L’Harmattan), La naissance de l’élite comorienne (1945-1975) de Mahmoud Ibrahim (L’Harmattan), Les Comores : à qui la terre ? de Mahamoud Saïd (Karthala), Le pouvoir de l’honneur de Sultan Chouzour (L’Harmattan), Comores, les nouveaux mercenaires de Pascal Perri, ou encore Comores-Mayotte, une histoire néo coloniale de Pierre Caminade (Agone). Une belle brochette de titres, valant le détour, pour quiconque s’intéresse à l’imaginaire trouble de cet archipel.

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Le fonds comorien de la Bouquinerie d’Anjouan à Habomo et de celle de Passamainty à Mayotte compte plus de 800 titres. Celui de Washko Ink. commence avec près de 150 titres. Avec des périodiques comme Uropve, Ya Mkobe, Project-îles, notamment. Washko Ink. espère continuer à développer ce fond, qui pourrait bien être le premier du genre, dans le pays. Le collège Gaucelm Faidit à Uzerche (Limousin/ Corrèze), Soeuf Elbadawi, l’auteur, et ses amis, dont Isabelle Mohamed, libraire, y contribuent, largement. Il semble que l’un des objectifs soit de parvenir à 300 titres en 2018. La bibliothèque ouvrira ses portes à la fin de l’année. Deux week-ends par mois, de 10h à 18h. La consultation des ouvrages se fera sur place. Dans un premier temps, l’idée consiste à fidéliser les scolaires et les universitaires, vu qu’ils disposent là d’un fond, qui n’existe nulle part ailleurs, dans l’archipel.

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