Sans Mayotte, point de viabilité archipélique

Dans les circonstances actuelles et après quarante deux ans de tergiversations, nous devons relever le front. Il nous faut faire entendre notre douleur aux pays et aux peuples épris de justice et de paix. Dans ce combat que nous impose l’impérialisme français depuis près d’un demi-siècle, la seule voie qui s’offre désormais à nous pour recouvrer notre intégrité, c’est, plus que jamais, le recours à la loi et au droit international en nous remettant, résolument au Tribunal international de la Haye, à l’assemblée générale des Nations unies, à l’Union africaine et à la Ligue des Etats arabes.

A moins que tout le peuple, ses représentants au parlement, ses élus à tous les niveaux, ses diplomates, des membres du gouvernement, les gouverneurs, soient tenus hors des secrets de Dieu par rapport aux affaires du pays, il ne fait aucun doute qu’à la lumière des communiqués, des déclarations faites à l’issus des travaux des “Commission mixtes”, Groupe de travail de haut niveau et autre Haut commission paritaire, et à la lumière de ce que nous en vivons depuis des dizaines d’années, rien n’a évolué en notre faveur dans ce conflit à propos de notre intégrité territoriale. Bien au contraire.

Désormais, en effet, depuis la sixième commission-mixte, des chefs militants séparatistes qui tiennent – avec le soutien d’une puissance étrangère – un quart de notre territoire, ont eu ce qu’ils voulaient depuis quarante deux ans : discuter d’égale à égale avec les plus hautes autorités nationales du pays occupé sans avoir eu à faire, cerise sur leur gâteau, la moindre concession.

Si l’on en juge par la manière dont les travaux se sont déroulés et par les déclarations des séparatistes, l’objectif unique poursuivi par la partie française dans ces “négociations” est clair : nous entrainer à commettre l’erreur politique irréparable de reconnaitre Mayotte comme une entité à par entière et, de surcroit, française. Une reculade qui nous serait fatale.

Concessions préjudiciables

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Autrement dit, il faut bien nous rendre à l’évidence : plus on avance dans le temps et plus l’histoire de notre combat pour le recouvrement de notre intégrité territoriale est faite, du côté comorien, de plus de retraites que d’avancées, de plus de tergiversations que de discernements, de plus de faiblesse que d’audace.

En effet, alors que la précédente génération de dirigeants[1] a su préserver, vingt quatre ans durant jusqu’en 1995, l’essentiel face au tout puissant Etat français en portant, constamment, le litige frontalier devant l’assemblée générale de Nation unies, la nouvelle génération arrivée aux affaires depuis la fin des années 1990, s’est contentée de concessions à sens unique et de refus de combattre.

Les plus graves de ces concessions étant l’imposition au pays de la participation de l’île occupée aux grands rendez-vous des jeunes du sud-ouest de l’Océan indien[2], l’absence de réactions des autorités comoriennes au moment du “vote” français pour la “départementalisation” d’une partie de notre territoire en mars 2009[3], la participation, l’année dernière, des séparatistes maorais dans les “négociations sur la coopération entre la France et les Comores” et la réapparition de la formule “des populations” dans les documents qui en sont issus.

A nouveaux enjeux, nouvelles audaces

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En continuant, ainsi à battre en retraite, les autorités comoriennes, particulièrement ces vingt dernières années, ont considérablement fragilisé notre position, d’une part, et, de l’autre, ont contribué à brouiller notre message auprès des autres pays et peuples qui soutiennent notre cause. Ils ont, ainsi, affaibli considérablement notre force de frappe au niveau de l’Organisation des Nations unies, de l’Union africaine et sur le plan diplomatique de manière générale par rapport à la revendication de notre territoire.

Cependant, rien n’est perdu. Dans notre sous-région, théâtre de cette véritable lutte de libération nationale digne du milieu du siècle dernier, entre un petit pays qui se bat pour sa survie et une puissance accrochée à “ses” intérêts coloniaux, les choses ont changé.

De nouveaux enjeux politiques, diplomatiques et, surtout économiques et leurs évolutions récentes enjoignent aux uns et aux autres, “petits” ou “grands” de revoir leurs stratégies en s’armant de nouvelles résolutions et de nouvelles audaces.

En effet, dans ce vaste chamboulement planétaire qui se déroule sous nos yeux, de nouvelles perspectives diplomatiques et de combat s’ouvrent aux pays, aux peuples et aux patriotes qui ont à coeur de se battre pour défendre le droit, sauvegarder leur droit face aux appétits insatiables de certains.

Dans ce sud-ouest de l’Océan indien, 2018 n’est pas 1975 lorsque la superpuissance française pouvait tout avoir juste en claquant des doigts. Il nous faut, donc, nous réarmer d’espoir, reprendre l’initiative et le combat.

S’en remettre au droit et rien qu’au droit

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Pour se faire, nous devons rappeler au président, Emanuel Macron – qui s’émeut qu’en territoire palestinien “le droit international (ne soit pas) respecté par tous” et qui jure que “La France se tient prête à appuyer tous les efforts diplomatiques menés dans ce sens selon les paramètres de paix reconnus par la communauté internationale” – qu’aux Comores, ce ne n’est pas une seule mais plus d’une vingtaine de résolutions pertinentes de cette même communauté internationale qui appellent à “respecter le droit international”.

Lui rappeler qu’en l’occurrence, ce n’est pas l’Etat hébreux mais bien l’Etat français dont il est le chef suprême qui, par sa présence illégale à Mayotte, s’assoit depuis quarante deux ans sur un principe fondateur de ce même droit.

Dans ces circonstances, la seule voie qui s’offre à nous, c’est le recours à la loi et au droit international. C’est d’obtenir de l’Etat français, à travers le concert des Nations, ce peuple du monde, qu’il respecte notre droit de pays.

Il nous faut relever le front et nous battre et non continuer de nous perdre dans de petits arrangements sans lendemain et dans des “commissions” sous le contrôle des fonctionnaires français. Il nous faut faire entendre notre douleur partout où nous pouvons être entendus par les pays et les peuples épris de justice et de paix.

Cela en nous remettant, résolument et au plus vite, au Tribunal international de la Haye, à l’assemblée générale des Nations unies, à l’Union africaine et à la Ligue des Etats arabes dans ce combat que nous impose l’impérialisme français.

Responsabilité historique

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Les Assises nationales devraient se saisir, sans faillir, de ce paramètre plus que fondamental. En effet, une grande rencontre nationale de cette envergure qui ne ferait pas du retour de Mayotte sa cible primordiale, viendrait tout simplement s’ajouter à la déjà trop longue liste de nos renoncements dans ce combat.

Elle viendrait attester d’un abandon collectif de ce qui est la plus grande cause comorienne de tous les temps et, par ricochet, jetterait le doute, aux yeux du monde, sur la sincérité de notre engagement en faveur du recouvrement de l’intégrité de notre pays.

C’est pourquoi, il faut espérer que l’orientation prise par les promoteurs de ce rendez- vous de considérer la résolution de ce problème comme étant une de ses toutes premières cibles, sera suivie de faits, ans faillir. Jusqu’au bout.

Cela d’autant plus que le défaut de recouvrement de notre intégrité territoriale est le plus grand échec de notre pays et de notre peuple, la principale raison de notre sous- développement et de notre instabilité chroniques et qu’il apparait, de plus en plus clairement, qu’il ne peut y avoir de Comores viables sans Mayotte comorienne. Autrement, nous commettrions une erreur historique et nous en porteront une lourde responsabilité devant l’histoire.

Madjuwani Hassani

[1] Ali Swalihi avec la “Marche rose”, Saïd Omar Abdallah Mouigni Baraka avec son discours historique à l’assemblée générale des Nations unies en 1976, Ahmed Abdallah Abdérémane et Saïd Kafé, et Saïd Mohamed Djohar avec plus de vingt résolutions présentées à l’Onu et le mémorandum sur la question de Mayotte daté du 20 novembre 1989 et envoyé au secrétaire général de l’Onu, Javier Perez De Cuellar, , etc.), l’ancien président de l’assemblée nationale, Dhoifir Bounou, avec l’institution du Journée nationale Maore, etc.
[2] Les autorités arrivées au pouvoir à la faveur d’un push ont “imposé” aux autorités sportives la participation de l’île occupée aux rendez-vous sportifs du sud-ouest de l’Océan indien. Le leader séparatiste mahorais, Mansour Kamardine, soutenait, dans la foulée : “la diplomatie française vient d’enregistrer un résultat spectaculaire”. Un autre leader séparatiste, en la personne de Ibrahim Soibahaddine, enfonçait le clou en ces termes : “Ce que nous souhaitons, c’est que le pas que viennent de franchir les autorités comoriennes en appelle d’autres”.
[3] Non seulement, au même moment les autorités organisaient sur les trois autres îles un référendum de révision constitutionnelle qui a joué un rôle formidable de diversion mais, alors qu’on s’attendait à une démarche auprès du conseil de sécurité de l’Onu, on a eu juste droit à un “appel” par les autorités comoriennes “à rejeter le nouveau statut”, à l’occasion du sommet des Ligue arabe à Doha.
Ce texte est paru initialement dans le journal Al-Watwan du 05 janvier 2018.