Et de trois pour Mwezi

Le magazine culturel, développé sur ses lignes par le groupe AB Aviation, continue à déployer ses ailes. Avec un troisième numéro, consacré à la plus petite des îles, Mwali. Articles fouillés, belles icono, un beau sommaire.

Le magazine commence à se faire un nom. Bien présenté (quadri, papier, contenu), il est le premier du genre dans l’archipel. Avec des articles, qui questionnent le culturel en profondeur. Chose rare depuis l’extinction du magazine Simbo, jadis financé par les fonds du CICIBA à Moroni, et dirigé par Saindou Kamal Eddine. La majeure partie des médias comoriens s’intéresse très peu à la culture. L’impression, souvent, de lire un catalogue d’événements et de faits, à travers lequel n’émerge aucune analyse, aucune volonté de creuser le sujet, d’articuler un discours intelligible. De rares articles parviennent à traduire les dynamiques en place, et à positionner le curseur sur la notion même de création. Avec Mwezi, semble s’annoncer une nouvelle ère. Avec un regard plutôt neuf sur les objets de culture.

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Bien que habilement ficelés, les premier et second numéros faisaient penser à une expérience, qui allait vite se solder par un échec cuisant, faute de moyens et d’envies. Les dix pages de pub n’allaient pas suffire à consolider le projet dans sa ligne éditoriale. Mais il faut croire que les dix mille exemplaires, en quadri largement diffusés dans les quatre îles (avion, hôtels, lieux culturels), avec une iconographie soignée et des articles fouillés, ont vite fait de séduire les commerciaux. Le troisième numéro, paru en ce mois de juillet, achève d’imposer un regard neuf sur la question culturelle dans cet espace. Il s’interroge pour le coup sur Mwali, la plus petite des îles. Avec un reportage documenté de Ruwe sur Fomboni et sa légendes des gens du Ngome. Fomboni mweni mwa mdji. Histoire d’une micro société du shungu, où les liens familiaux et claniques défient le temps qui passe.

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Le cahier principal disserte sur la musique de Soubi, l’homme au ndzendze et aux marmites qui sonnent, sur Naniho, un texte inédit de la jeune poétesse et slameuse Mahé Mouri alias Moritadhoi Loukile, sur les délices du nfi ya hadzwa, une spécialité de l’île hautement appréciée par les fins gourmets, sur l’histoire agitée de feue Djumbe Fatima, amante et femme de Makadara,Lambert et Fleuriot, et sur la légende malicieuse de Mfalume Mtsambu, totem citoyen dressé dans l’ancien temps contre les mésententes politiques d’une communauté d’îles aux contours singuliers. Les sujets de Mwezi sont inattendus, tout comme l’est la volonté d’une compagnie comme AB, ne se contentant pas de vanter ses destinations ici. L’intérêt, en effet, porté par la compagnie sur le destin culturel de l’archipel présage d’un temps meilleur pour toutes les âmes curieuses de cet imaginaire aux contours aujourd’hui « enclavés ».

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La complexité assumée des contenus annoncés traduit surtout un refus de céder au discours facile sur un paysage, dont le morcellement façonné par des années de non-discours sur la question a vite fait de laisser croire qu’il n’avait qu’un vague intérêt folklorique. Mwezi privilégie la carte de l’originalité, et de la découverte. Le premier numéro s’était intéressé au travail du peintre Marcel Séjour, artiste pleinement soutenu par la compagnie AB depuis des années. Le deuxième et le dernier numéro consacrent leurs pages aux œuvres de Chackri à Ndzuani et de Papa Ke à Mwali. Une diversité artistique parfois passée à la trappe, faute de support pour la promouvoir. Dans ses trois premiers numéros, se glisse à chaque fois un beau portfolio photo, racontant le pays profond. Celui de ce mois de juillet 2019, signé par l’artiste et poète Mab Elhad, est dédié au ngoma nyombe (ou baho la nyombe) à Fomboni. Un moment essentiel de la tradition du shungu sur le pangahari de cette vieille cité, où régna autrefois le sultan Ramanetaka. Mwezi ou l’imaginaire renouvelé d’un pays en quête de discours. Sur son vécu et ses amours…

MWEZICouv2Reste à savoir de quelle manière AB Aviation compte prolonger l’expérience. Le prochain numéro est d’ores et déjà sur les rails pour novembre 2019 avec des pages dédiées à la quatrième île, Maore. La volonté de poursuivre le projet pour la compagnie ne laisse pas de doute, comme l’écrit Ayad Bourhane, son pdg, dans un édito : « En tant qu’entreprise leader sur le marché régional, nous sommes fermement attachés à la promotion de la culture, sous toutes ses formes ». Une volonté réaffirmée par ailleurs avec la nomination prochaine de l’artiste Bourguiba comme ambassadeur de la compagnie pour la saison 2019-20. « Si les entreprises misaient ainsi sur le capital culturel des Comores, sans doute que d’autres envies se feraient très vite entendre » commente la rédaction du mag, qui espère bientôt fêter son existence avec de prestigieux invités à l’affiche.

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Les deux premiers numéros sont téléchargeables sur le site du Muzdalifa House : MWEZIMAG_01 et MWEZIMAG_02.