Sadani Tsindami II

« Tuez les poètes, pour qu’ils ne m’emmerdent pas, lorsque j’aurais enfin, de mon vivant accédé au trône, sur un archipel aux cœurs de mercenaires, lorsque je serais devenu a big coup-d’étateur ». Sadani Tsindami, poète comorien de son état, rendait hommage à l’homme Kourouma, celui-là même qui écrivit Le soleil des indépendances. C’était le 10 mars 2003, sur le site Komornet, qui, depuis, a cessé d’exister. L’écrivain ivoirien venait de se faire allumer par les rois de la politique identitaire. C’était un temps où l’on conjuguait l’ivoirité dans tous les sens. Ne cherchez pas le lien avec le séparatisme aux Comores. Poètes ? A vos souhaits ! Les morts ne sont jamais tout à fait morts…

A mort les poètes,

Ahmadou Kourouma, ce vieux rescapé du temps, ce chroniqueur qu’a bouffé des cadavres dans les champs de la Meuse, est retourné dernièrement vers sa terre d’assassins et de miliciens endiamantés, cobaltisés, aurifères, vers son Afrique de toutes les diableries politiques, pour écrire son « Allah n’est pas obligé… »

Il a détruit la langue françaouie, pour honnir dans un éclat de rire, les messies meurtriers de la région des Grands lacs, ces avides, cupides et virils guerriers, pour deux grammes d’or pur, qui se drapent de politique de libération nationale, en utilisant leurs enfants, armés de machettes, kalachnikov, obus et autres quincailleries de mort, pour des cailloux avec lesquels on fait les bijoux, des dames blanches et des maîtresses de nos chefs d’état.

Il a dit, putain, voyez-vous pas que pour le marché belge, vous pillez votre Afrique, vous coupez des bras, des jambes (souvent pour prendre la montre ou les chaussures), vous chassez l’âme des ancêtres, en creusant leurs tombes pour extraire ce qui reste de leurs os ?

Il s’adressait à J-P. Bemba, Foday Sankho, Bizumugu et Kagame son successeur-vengeur-maigrichon-qui s’débarrasserait bien des Hutus, à Kabila-junior-mystérieux, à tous les africains cannibales de la politique du continent, Museveni, Charles Taylor, l’purulent Savimbi… Enfoirés ! Et les Français y lui ont donné le prix Renaudot pour qu’il s’achète une totomobile et se payer beaucoup de billets allers-retours sur Air France, comme ça qu’y peut aller en pays Mandingue, visiter les lieux du « soleil des indépendances »… Woï !

Où sont les pokémons ?

Woï ! Le poète arrive avec sa torche rose le long des cimetières ! Woï ! Mais qu’est-ce qu’on lui dit ? « Han, toi ici ? …’ Vas voir, tu seras entassé à Yopougon comme tous les Nordistes, adeptes de Momo, tu mourras, empalé avec les Burkinabé de Bobo, les musulmans de Bouaké et tous les NORDISTES qu’y répondent pas à « l’Ivoirité ».

Gueï, Ouattara, Gbagbo, Bedie. Dans les meetings…

Ivoirité !!!

Wi, je suis là ! Mais ce n’est pas le vieux sage Ahmadou Kourouma. C’était la voix d’un nain « culé » : Bédié !

Ivoirité !!!

Wi ! Mais ce n’était pas Ahmadou Kourouma. C’était la voix d’un fantôme : Guey !

Ivoirité !!!

Wi ! Mais ce n’était pas la voix de Ahmadou Kourouma. C’était la voix chevrotante d’un socialiste : Gbagbo !

Ivoirité !!!

Wi, I’m here. Mais ce n’était pas la voix de Ahmadou Kourouma. C’était la voix de la mort.

Africain!!!

Plaît-il ? Je suis Kourouma !

Et voilà, l’Afrique post-coloniale que Kourouma montre du doigt… L’Afrique ténébreuse, non pas celle des mystères ancestraux, celle des sages et des anciens (« y a plus d’anciens, y a que des vieux »), mais l’Afrique des magouilles et de la contrebande pour diamantaires anversois, l’Afrique fratricide, l’Afrique honteuse, l’Afrique des cons (sauf Mandela), celle qui a assassiné l’Ogoni Ken Saro Wiwa, noyé dans la boue du pétrole Elf Aquitaine, celle qu’a acidifié P. Lumumba, celle qui déporte les bushimen, celle des grosses fortunes et des rires sardoniques, sataniques, des hommes au pouvoir : enculés !

(astagh’firullah) J’avais oublié…

« Tuez-le, seigneur…. », tuez les poètes, pour qu’il ne m’emmerdent pas, lorsque j’aurais enfin, de mon vivant accédé au trône, sur un archipel aux cœurs de mercenaires, lorsque je serais devenu a big coup-d’étateur.

Ad majorem dei gloriam ! Amen (l’fric).

Tuez-les tous, ces pokémons !

Sadani Tsindami