Reprendre les armes de la poésie, du romantisme bagarreur et de la rhétorique politique, pour habiller cette rentrée morose et anesthésiante des scaphandres de la dénonciation. Le verbe de Sadani Ntsindami avec des mots marqués dans le temps et l’espace, mais d’une réalité désopilante, quant au monde dans lequel se morfond le pays, aujourd’hui, avec le colonel et ses sbires à sa terre. Tenez-vous les mbafu, son humour est ravageur. Le texte date du 1er octobre. Il était paru sur le site Komornet (qui n’existe déja plus, aujourd’hui), mais sa vérité est toujours d’actualité.
L’été de toutes les danses.
À la question de son engagement dans la résistance antinazie, Gérard Lechat répond : « La liberté, Amandine. La liberté de vivre tranquille dans ma patrie. Le désir de ne pas me trouver prisonnier dans mon propre pays. Le souci de vivre dans une nation souveraine. N’est-ce pas là une raison suffisante ? »
Le Sieur Lechat est le héros recto verso (homosexuel et père de famille) d’un roman comorien. Bizarroïde roman parabolique, placé dans une perspective sociocritique. On y reviendra*.
Dans une préface à une « mitraille » poétique contre Nixon et pour encourager la révolution chilienne et soutenir la cubaine, Pablo Néruda assène : « Contre les ennemis de mon peuple, ma chanson est offensive et dure… » Puis comme fait exprès pour m’plaire, il termine par… « Et maintenant, prenez garde, je tire. » C’était en 1973, dans sa demeure de Isla Negra, déjà bien usé par le temps, mais toujours combattant du verbe et de la liberté.
À cette fin d’été occidental, en cet automne qu’a des allures d’hiver austral, permettez que nos soucis soient de l’amour envers les nôtres et pardonnez ou non, les élans meurtriers contre ceux qui avilissent nos îles, et souffrez que nous reprenions les armes de la poésie, du romantisme bagarreur et de la rhétorique politique, pour habiller cette rentrée morose et anesthésiante des scaphandres de la dénonciation. Toutefois, ne sachant pas chanter, comme Néruda, nous allons donc danser, sautiller, pour éviter les rafales de feu ou pour nous contenter d’une légendaire et néanmoins frivolité propre à certains de chez nous.
Et c’est sur eux que je vais faire feu.
So let’s go !

Reprendre la geste traditionnelle…
Qu’avez-vous donc gagné?
Commençons par le gâchis de la « diaspourri » en déphasage complet avec les malheurs du bled, qui débarque, €uro immunisée, pour engrosser en un éclair nos sœurs et pervertir nos p’tits frangins.
Ces mauvais gars se reconnaîtront.
Comme chaque jour qu’Allah fait grand, nous avons assisté, à travers nos bleds, aux fastes éhontés des grands mariages et des « chasses » crépusculaires. Parmi vous, certains s’en sont allés à l’étalage d’une soit-disant réussite en Europe, crevant sous la chaleur des tropiques, mais arborant costard et cravate, sésame du prestige. Les soirs, vous avez dansé le twarab, le djaliko ou d’autres rythmes dans les boîtes de nuisance urbaine, sous l’emprise des alcools forts, dans des états de cuite unioniste, c’est-à-dire, saouls à écœurer un polonais. Vous avez joué aux hommes pressés ou aux femmes fragiles et délicates.
Vous avez payé cash le prix du manioc, sans discuter les centimes, car il est bien évidemment acquis que vous avez les moyens, que vous vous êtes enrichis et que vous ne vous réduirez point à ces comptes d’apothicaire, que dis-je, de miséreux. Vous avez menti sur vos salaires (« de ministre ici » – le bled, quoi -), vos heures de corvée et votre vie de persécuté, par les racistes de toutes sortes (pourvu qu’ils soient un peu plus clairs de peau que nous). Vous vous êtes découverts de nouveaux amis, des nouvelles familles, parmi ceux qui font le malheur du pays. Puis, vous avez beaucoup dansé, beaucoup ri, beaucoup dansé encore, sur les cadavres du sam Son (Gloria Olga, Ô défunte reine malgache !).
Avec cannes, sabres rouillés, voire néon mort, vous avez exhibé les billets de 10.000, dits SMC, en les jetant dans le vent du Haskhazi, en épongeant les louangeurs intéressés des fêtes du samedi traditionnel, en vous faisant appeler dans les micros nasillards, en embrassant Bwana harusi, en ignorant Bibi Harusi.
Qu’avez-vous donc gagné !
Le ridicule !
Ne fuir personne.
Dans un pays, où vous étiez brinquebalés sur des routes ressemblant à des cratères de volcan revanchard, dans un pays où les enfants meurent, faute de soins, dans un pays que des Capitaines-Fracasse (vos nouveaux potes), ont réduit en cimetière, vous étiez ridicules.
Moi, j’ai dansé uniquement sur Dragostea Din Teï d’Ozone (des ploucs roumains, je crois, inoffensifs), avec mes 3 enfants.
Ma-I-A- Ma-I-Hi.
Ma-I-A Ma-I-Hu
Ma-I-Ha ha…
C’était bieeeeeeeeeeeeeen!
Lorsqu’épuisé, je me suis assis et les enfants partis, j’ai pensé au bonheur de vivre dans un pays où je n’aurais à fuir personne.

Ntibe…
Maskini.
Ouvert dehors, fermé dedans ou la danse de Beït-Salam : « l’organisation politique de l’État que les Comoriens ont adopté le 23 décembre 2001, met l’Assemblée nationale à l’abri de toute rupture de la durée de son mandat constitutionnel sur initiative de l’Exécutif. L’Exécutif échappe, lui aussi, à toute sanction de l’Assemblée nationale. Alors la sagesse impose un dialogue permanent entre ses deux institutions, pour l’intérêt de la Nation, au risque d’un blocage ou d’une neutralisation qui ne profitera à personne. » C’est, qu’est-ce que causait le colonel, un jour d’inspiration lyrique. Alors, comme tout semble être forclos, d’un côté et de l’autre, lui, il a décidé d’« ouvrir », comme ça, y aura des courants d’air partout.
Il dansait au rythme des vagues. Lui.
Ce « courant d’air », l’air du temps, celui des trahisons et des bassesses, vit s’engouffrer dans sa béance sémantique, les bandes organisées des politiciens saisonniers. « Lewo yahatru » bavent-ils !… Et l’on assiste à l’immolation de nos scientifiques, nos professionnels du développement autonome, sacrifiés sur l’autel de la concupiscence et de l’indignité, lynchés socialement et blessés au cœur et à l’âme, pour récompenser les arrivistes malsains, désormais acquis à la farandole autour du cadavre « Comores ».
Ben ouais, nos politiques font pas que chercher fenotte à l’aube pour l’« enceinter » au crépuscule, y veulent des postes aussi et c’est une vraie « guerre à l’intelligence », désormais. Y est arrivé un truc horrible de chez grave au bled. Not’ prince national, depuis qui s’est entiché du sambe des casernes et du ntibe du vendredi, à la sortie des mosquées, planque ses sentinelles, dans les services de l’État et fait fi de la morale.
Y a un p’tit chimiste de talent, bosseur, appliqué, sérieux sérieux et en plus compétent qu’est emporté dans les zones de turbulence, par ce coup de cyclone tropical, qu’est la politique Comorienne.
Maskini !
Zob ! Les intellos…
Un « pharmacologue » des feuilles de Djadile, un crac, un vrai chimiste, pour pas dire un alchimiste de la gestion. Maximum respect : « litt’l big man » ! Mais une question, man : pourquoi que t’as pas, avec ton génie assuré tes arrières et fabriqué quelques kilos de TGV que nos diplomates n’auraient pas eu du mal à écouler chez les blancs ? Y savent faire tout ça !!! Comme ça, tranquille, tu serais maintenant, avec tes p’tits gnons et leur adorable mother… Hein ?
Que voulez-vous ?
Cette ouverture est une astuce d’intellos domestiques, ces conseillers qu’ont inhalé avec nous la poussière des terrains vagues de foot, le sable des marées basses, des conservateurs de 35 ans, des bonimenteurs de 40 et des lâches de rien du tout. Y z’ont étudié YE SHARIA MSHINDJI, ont reçu les consignes de l’ambassade de France (qui commence à se fatiguer de la basse servilité), et au final, ont appliqué, pour être plus près de la tradition, de l’Adab (le comportement musulman-mgangi), du bantu scolarisé à la Parisienne, de la méthode des violenteurs. Sur une échelle politique, collective, criminelle, ouais ?
Zob !

La hau ufe…
Bouffe ou étouffe !
Cette ouverture, s’il en est, m’fait penser à ces corridors des contes où pour attirer la barbaque d’une dame oiselle, le diable usait de mille gentillesses, et une fois la proie à l’intérieur, s’adonnait à une panoplie de tortures sado maso, sans que la pauvre prisonnière n’ait d’autre échappatoire que celle que lui confère sa voix. La voix de la souffrance et de l’agonie, à défaut d’une voie salutaire. Et lorsque le coup de grâce est donné, l’on a coutume à accuser la victime et applaudir la malice des ogres.
L’ouverture gouvernementale du colonel est une chausse-trappe pour gloutons.
Et tant pis pour les gloutons !
Comme le bon sens de chez nous (l’hospitalité bantu) veut que les invités arrivent les mains vides, se mettent à table et dégustent les mets qui leur sont servis, nos deux ministres « couverts » par un colonel bis et un chamalow, malade du sommeil, y z’ont pas à critiquer à table, l’âcreté des plats, ni la cuisson des viandes.
Ils bouffent ou bien ils s’étouffent.
Ce gouvernement serait-il une académie de festoyeurs ?
Mister Rhumba aurait peut-être une réponse, mais nous savons tous qu’il est occupé à blanchir ses dossiers, quelque part.
De l’académie des festoyeurs.
Nous savons z’ossi qu’ils sont tous à s’goinfrer, sans tablettes, sans serviettes, sans consignes, sans programme, sans délégation populaire. Deux ministres en plus à table, des mdjidjengo de Mwali na Ndzuwani. Ça doit en faire des shroum shroum ! En termes bien châtiés, on dira c’est « le syndrome de Munich ». Ce sont des « Munichois », qui, comme en 38, y z’ont… puis merde, c’est pas notre histoire…
En tout cas y z’ ont donné aux militaires la force supplémentaire pour mater Elbak (il commence à le mériter) et pour prolonger ce coup d’état permanent… D’ailleurs, depuis que ces 2 « républiques » se sont laissées aguicher, la donne le change de murmure en murmure, de stratégie en tactique. Si bien que dans les casernes poussiéreuses, on va d’alcôve en complot, pour rallonger les mandats, de ceux qu’ont comme seule légitimité les flingues.
Cette ouverture, c’est une porte souriante vers l’enfer des démocrates, un clin d’œil machiavélique à la rapacité des affamés.
Et tant pis pour nous!
À la fin du banquet, ils danseront encore cette mascarade gouvernementale, en se passant les leso, pour jouer les favorites au SAMBE du colonel. Amma, gaffe à l’infidélité ! Il est des rythmes bien connus de nos îles, arythmiques, saccadés et déstabilisants, qui ne supportent pas l’exigence. Et à ceux qui s’y adonnent, nous pardonnerons les chutes et les membres cassés, mais nous ne les soignerons pas. Comme dans les contes, nous leur rappellerons, « Pvo mwahamba ! » Sinon, tout en subissant les dommages directs, nous garderons la fierté et jouirons de la satisfaction des avertis, en bons patriotes malheureux, nous chanterons à leur mitan, en pleine place du badamier, un chant légendaire de nos anciens, qui sera ainsi déclamé, « Ngoma ya madzi, ‘Uzin’wa ha masuzi ». Et Dieu sait que pour le charivari, l’ouverture des canons requiert du tubage. Boum ! Et personne ne pourra nous imposer la cadence de son choix et encore celle d’une musique militaire.

La république du colonel.
La lutte continue…
Les trous d’air, y’en a assez ! C’est à la plage, en hommage aux poissons volants et à l’universel fraternel, que nous abandonnerons nos pets, pour qu’on nous entende de par le monde.
…Et dans la lueur des lumières d’espoir, nous rêvons qu’un peuple débout hurle ses peines, en écrasant de ses poings les vainqueurs qu’ont pas eu à se battre. L’élixir intellectuel ou l’jus de cerveau. De la part d’un historien Comorien. « La jeune élite », dixit le 4444eme site Comorien
Attachez vos ceintures, là, le courant d’air risque d’être encore plus ravageur que « Jeanne » à Haïti. Devisant, analysant et démontrant avec intuition et décimètre, le caractère sanguinaire d’Ali Swalihi, sur le drame de Mbeni, ce fin et béni intello – hadja kadja homo hudja…- lance: « …j’approuve, par principe, l’idée d’une sépulture à Mbeni. C’est une très bonne initiative d’évoquer la mémoire. La mémoire fut-elle douloureuse mérite d’être connue et enseignée. Je me démarque néanmoins de l’idée d’une « officialisation de la mémoire », sans au préalable « un travail de mémoire. » L’officialisation de la mémoire comme celle de M’beni présente un danger, celui d’une simplification qui fige la mémoire »…
Je tombe dans les pommes.
Faudra penser à aller pieuter, monsieur ! Ça sent la grosse fatigue. Ou la mémoire est un processus civique, avant d’être officialisée ou c’est une obstination physique, après s’être coulée dans l’béton. Mais avec Ali Swalihi, tout est exceptionnel, mon colonel. Y a un type de France, Allais, Alphonse Allais – vas-y Alphonse, vas-y -, y disait un peu à la déconne comme notre historien : « Dieu a bien fait de placer la naissance avant la mort, sinon que connaîtrions-nous de la vie ? »
C’était un mec rigolo qui s’prenait pas pour un émir de la haute quintessence des chronologies, mais son rôle était de faire rire. Il serait vraiment simple d’annoncer sa couleur de réac, nos zygomatiques lui en seraient reconnaissants, à cet « élitiste ».
Une prière pour Haïti.
Sofé, zamim, zaysien?
Haïti Chérie, Haïti martyr,
Sois fort et pour le grand coumbite de la renaissance.
Oyez cri mwen, zamim.
À bas la zombification de ta Terre !
À bas le FBI !
Mon arme s’est enrayée, mais la lutte continue !
Sadani Ntsindami