En février 2012, une communauté venait de se créer à Moroni. Une communauté littéraire, qui implosera peu de temps après, mais qui prenait le nom de Djanɗo la Waandzishi. Journaliste Irchad Ousseine Djoubeïre en avait fait un compte-rendu dans le quotidien national Al-Watwan, repris ensuite par la revue Africultures. Nous le rediffusons ici.
Des auteurs et des critiques viennent de créer un collectif autour de la littérature comorienne. Djanɗo la Wandzishi, son nom, se soucie de rendre la littérature comorienne plus visible, en misant sur la recherche et la diffusion des savoirs accumulés autour des lettres comoriennes.
« La naissance de ce collectif est plus qu’une nécessité, c’est une urgence littéraire. Nous sommes partis d’un constat, l’absence d’une définition du champ littéraire comorien et le besoin de construire une réflexion autour de cette littérature », soutient Fathate Karine Hasan, doctorante en littérature comparée à l’Université de la Réunion. Auteur de Paille-en-queue et vol, recueil de poésie paru aux éditions Komedit, Anssoufouddine Mohamed remarque que « trente ans après sa naissance, la littérature comorienne d’expression française ne repose sur aucun socle véritable, sa caractérisation relève du domaine de l’indéfini ».
Le collectif ainsi créé se voit comme un espace d’échange et de production entre les écrivains (les waandzishi, en langue shikomori) d’une part et de l’autre, le lieu d’une réflexion sur les conditions de production et de construction de l’espace littéraire comorien. « Nous ne sommes pas obligés de répéter les mêmes erreurs que nos historiens, qui ont laissé à d’autres le soin de nous construire un passé. Le temps est peut-être venu de porter un regard critique sur nous-mêmes » explique Soeuf Elbadawi, auteur de Moroni Blues/ Chap. II aux éditions Bilk & Soul.

Elamine Abdou Soeufou lors d’une intervention au Muzdalifa House.
Djanɗo la Wandzishi compte organiser des journées d’études tous les ans, y compris en interrogeant d’autres disciplines. « Aujourd’hui, tout le monde écrit aux Comores, mais personne ne lit les publications des autres. Le collectif va établir une passerelle entre les auteurs et les artistes comoriens, de l’intérieur et de l’extérieur » annonce Saïndoune Ben Ali, auteur des Testaments de transhumance chez Komedit. Parallèlement, le collectif envisage d’organiser une série de conférences à l’année et prévoit de publier les travaux de ses membres.
Fondé à la date des 10 et 13 février 2012 au Muzdalifa House, le collectif Djanɗo la Wandzishi bénéficie du label Washko Ink., et ce, durant les deux prochaines années, le temps que l’aventure prenne et trouve un ancrage dans le paysage culturel national. Le collectif regroupe déjà sept auteurs et critiques, dont le linguiste Mohamed Badjrafil, le socio-linguiste Mlaïli Condro et la jeune Thoueibat Djoumbé, doctorante en littérature à Paris 3. Il compte s’ouvrir à toute personne susceptible d’apporter son concours à la recherche autour de la littérature comorienne.
« Nous envisageons par exemple d’y intégrer tous ceux qui travaillent, de près ou de loin, à faire connaître cet espace littéraire encore peu nommé. Nous espérons que les principaux acteurs de la scène littéraire comorienne sauront nous faire un peu de place, tout en se réappropriant les outils que nous contribuerons à forger » déclare Soeuf Elbadawi. Djanɗo la Wandzishi rêve d’une dynamique plus large, autorisant l’archipel à retrouver une place « digne » dans la République mondiale des lettres.
Fathate Karine Hassan, Anssoufouddine Mohamed, Saïndoune Ben Ali et Soeuf Elbadawi se sont retrouvés avec leurs collègues quatre jours durant au Muzdalifa House en février dernier pour dégager une stratégie commune. « Cette stratégie s’articule sur la constitution d’un réseau permanent entre les membres du collectif, l’organisation de rencontres périodiques entre les membres du collectif, en vue de dégager des thématiques de réflexion » indique Anssoufouddine Mohamed. Les membres du collectif Djanɗo la Wandzishi prônent un dialogue permanent avec tous les acteurs du paysage littéraire comorien.
Irchad O. Djoubeïre
Image à la Une : Saïndoune Ben Ali et Anssoufouddine Mohamed lors d’une intervention au Muzdalifa House.