Undroni Blues en images

Le premier clip de l’album Mwezi WaQ. chant de lune et d’espérance vient de paraître. Le titre Undroni Blues, faisant suite au Moroni Blues/ Chap. II de Soeuf Elbadawi, ouvrage paru en 2007, sonne ici comme un hommage rendu au destin d’une grande ville.

Réalisé par Ahmed Jaffar d’AHJA PROD, le clip rappelle l’histoire de « Mwazema la douce », qui, un jour, partit du Dimani, dans le Sud-Est de l’île de Ngazidja, avec sa famille pour aller fonder cette cité côtière, appelée Undroni, « là où l’on est bien », qui deviendra plus tard capitale des Comores, sous le nom de Moroni.

Taillé beau comme une carte postale, le clip évoque le statut particulier de Moroni, cité ouverte portant, aujourd’hui, les espérances d’un pays. A l’heure où se décide l’avenir du grand Moroni, la chanson rend cet hommage appuyé au projet d’une ville accueillant toutes les forces vives : « Heni udjo ndro napvahariliwa ». Il y est certes question des « natifs natifs de la vieille cité » (wenyi mdji) et des « pièces rapportées » (waMasafarini), mais pour mieux insister sur le vivre-ensemble : « Shamsi na mwezi wao wadzima ». Autrement dit, le soleil et la lune sont de la même eau, et ne se contredisent point dans la dynamique d’un monde en devenir.

Les images du clip nous promènent du Dimani, du côté de Fumbudzivuni et de Mazwini, au Moroni urbain, fait de travailleurs en sueur et de noctambules en quête de sensations. Des scènes d’une rare beauté montrant la ville dans sa grande quiétude, avec ses ports, ses places mythiques, dont la Place Badjanani, Gobadju et le cimetière de Mshe Kabuli, ses marchés animés, ses towa ndrenge, ses embouteillages, et même la plage proche d’Itsandra, dont les images apparaissent comme une tentative d’ouverture vers l’alentour. L’image de fin, une lampe-tempête posée sur le trottoir de Volo Volo, la nuit, rend compte de la volonté d’apporter un éclairage sur le récit sans cesse en cours d’écriture de Moroni la belle.

FumbuDzivuni1

A l’image, il y a aussi ce personnage, traversant la ville, comme pour conter le songe de Mwazema la douce, le rêve d’une cité promise à une grande descendance, « grande » parce que sachant conjuguer l’inconnu au rêve du mieux-vivre. Moroni demeure le principal chef-lieu de l’archipel. Et sur les épaules de ce personnage en errance, trône un coq blanc. En souvenir, sans doute, du fameux coq de Mazwema, qui, en chantant pour la première fois au lieu-dit Buntsini, non loin du Kalawe, a permis à l’ancêtre de savoir que c’était bien là que les mages et les astrologues lui avaient prédit un avenir. Ce coq évoque également la naissance d’une capitale sous contrôle français, l’animal étant symbole d’une certaine France.

Vue du port de Moroni 3

Le grand Moroni s’est ainsi construit autour du vieux Undroni de Mwazema, sous l’instigation des Français, qui détrônèrent Dzaoudzi, et en profitèrent, par ce geste, pour nourrir de toutes pièces le conflit entre Mayotte et le reste de l’archipel. Undroni, nom que continuent d’utiliser les hommes à Ngazidja n’a pas choisi d’elle-même d’être la Moroni d’aujourd’hui, mais elle continue d’être ce seul lieu où se rencontrent tous les habitants de l’archipel, quel que soient leurs origines, et quel que soient leur rang. Ce qui est un énorme service rendu à l’histoire en marche d’un pays que l’on cherche à déconstruire depuis quarante ans, afin de permettre au feuilleton colonial de se poursuivre, sans obstacle aucun.

MB