Equation de fin de match?

Temps de grisaille à Moroni. La situation se complique pour Azali et ses oppositions. Les spéculations vont bon train. Citoyen et militant, Abdou Ahmed avance cette analyse digne d’un oracle des derniers jours.Et si Azali, Sambi et les autres n’étaient que des figurines entre les mains d’un même marionnettiste ?

C’est la chienlit au pays ! C’est plus grave que cela, disent certains. Le pays risque d’être précipité dans un vide sidéral, en grossissant le trait. On dirait qu’une main invisible est en train de manipuler les uns et les autres. Azali et sa clique d’un côté, l’union des oppositions de l’autre. Mais pourquoi sommes-nous si malléables à ce point ? Qui sortira gagnant de ce combat qui n’en est pas un ? En tout cas pas le peuple comorien ! Et quelle que soit la partie qui aura l’illusion de l’avoir emporté, le vrai gagnant sera, avec certitude, le marionnettiste.

Voici un des scénarios possibles, en cours d’exécution. On en a fini avec les coups d’Etat à l’ancienne. C’est terminé ! Il n’y en aura plus. On pousse Azali à la faute, jusqu’à ce qu’il atteigne le bord du précipice, qu’il soit en équilibre instable. On lui fait comprendre qu’il a intérêt à durer pour initier des réformes acceptables et que, pour ce faire, il doit toiletter la constitution et ne montrer aucun signe de faiblesse. Son entourage le plus proche – tamponné, bien sûr – est là pour l’encourager à aller dans ce sens.

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Il s’agit d’une poignée de gens, comptés sur les doigts d’une main, qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas ou presque, mais qui, sans avoir l’autorité officielle, font prendre les décisions importantes dans certains ministères et administrations. Ils se partagent plusieurs affaires dans le pays et se font un pognon de dingue. Mais ils ne sont pas suffisamment courageux pour se faire remarquer au front. Pour eux, le manque à gagner sera énorme si Azali perd au jeu, c’est tout ce qu’ils voient. Et c’est bien eux que Azali écoute, malheureusement pour lui.

Quant à l’union des oppositions, on lui promet un soutien sans faille, le moment venu, et on l’encourage à ne pas se laisser faire. Il s’agit d’un conglomérat d’opportunistes qui, pour la plupart, ont encore des choses à cacher. Leur seul moyen de survie et la seule manière d’y arriver est d’être au pouvoir. Certains auraient même voulu être dans l’équipe de Azali, mais n’y ont pas été admis. Ils s’opposent à Azali pour des raisons (les vraies) aussi différentes qu’ils le sont eux-mêmes. Ils n’ont pas d’offre politique, et encore moins de vision politique à proposer. Ils incarnent le pion idéal…

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Quelqu’un les a-t-il entendus proposer quelque chose sur le fond durant cette période de perturbations politico-médiatiques, pendant que le jeune constitutionnaliste Rafsandjani essayait tant bien que mal d’intellectualiser le débat (au sens noble du terme) ? Non. Ah, si ! J’allais oublier. Le chef des oppositions réunies, après avoir été ministre des finances pendant 11 ans, vient de se rendre compte maintenant seulement, que le Président de la République a un salaire mirobolant qui ne se justifie pas, des per diem faramineux, et qu’il coûte trop cher à ce pauvre pays.

Mais ça, le Comorien lambda le sait depuis longtemps ! Ce qu’il ne devine pas, par contre, c’est ce qui adviendra à la fin de ce match. Lorsque la pagaille sera à son comble, avec Azali poussé au bord de la falaise, un bienfaiteur désintéressé sortira de nulle part pour nous réconcilier. On va rebattre les cartes et tout recommencer. Il faudra probablement un pouvoir intérimaire, dirigé par quelqu’un qui aura une légitimité, au moins théorique (suivez mon regard), chargé d’organiser des élections « libres et transparentes », qui seront gagnées par la partie qui se montrera la plus servile. Sur la base de quelle constitution ? Ce n’est pas ce qui les arrêtera. Ce qui revient à dire que nous aurons plus d’une équation à résoudre dans les jours à venir.

Abdou Ahmed